Le 5 avril 2026, la cheffe de l’Administration présidentielle de l’Ouzbékistan s’est réunie à Washington avec le PDG de l’US International Development Finance Corporation. À l’ordre du jour : finaliser la structure d’une plateforme d’investissement conjointe américano-ouzbèke, prévue pour être lancée cette année. L’objectif est simple — attirer des capitaux privés américains en Ouzbékistan et partager les risques d’investissement entre les deux gouvernements.
Cela ressemble à une histoire diplomatique bilatérale. Mais à y regarder de plus près, un tableau plus intéressant se dessine. Les États-Unis ne sont pas seuls. Au cours des derniers mois, pratiquement toutes les grandes puissances occidentales et institutions financières internationales se sont déplacées vers l’Ouzbékistan simultanément — en signant des accords, en approuvant des prêts, en envoyant des délégations et en engageant des capitaux à un rythme qui aurait été difficile à imaginer il y a dix ans.
Pour les exportateurs de machines, d’équipements industriels et de technologie, ce n’est pas seulement de la géopolitique. C’est un signal direct sur l’orientation de la demande.
Les États-Unis : une Architecture d’Investissement Formelle
La plateforme d’investissement conjointe a été convenue lors de la visite de travail du président Mirziyoyev à Washington en février 2026 — une visite qui a également donné lieu à des réunions avec le secrétaire d’État Marco Rubio et le représentant au commerce Jamieson Greer. Le fil directeur de toutes ces conversations était le même : créer un cadre bilatéral structuré pour le commerce et l’investissement, et non une simple déclaration d’intention.
Une semaine avant la réunion avec la DFC, le Conseil américano-ouzbek des affaires et de l’investissement a été officiellement lancé à Washington. Le message de Washington est clair : l’engagement envers l’Ouzbékistan est passé de la bonne volonté à une infrastructure institutionnelle.
L’UE : un Nouvel Accord de Partenariat et €12 Milliards sur la Table
En octobre 2025, l’Ouzbékistan et l’Union européenne ont signé l’Accord de partenariat et de coopération renforcé (EPCA) à Bruxelles — le cadre bilatéral le plus ambitieux que les deux parties aient jamais eu. L’accord précédent datait de 1996.
L’EPCA couvre le commerce, l’investissement, les technologies numériques, l’énergie, les minéraux critiques, la protection de l’environnement et bien plus encore. En marge de la signature, Mirziyoyev a rencontré des dirigeants d’entreprises et d’institutions financières européennes et s’est accordé sur de nouveaux projets conjoints d’une valeur supérieure à €10 milliards dans des secteurs incluant l’énergie, la chimie, la logistique, le textile et la pharmacie.
Les chiffres derrière la relation sont tout aussi frappants. Le commerce entre l’Ouzbékistan et l’UE a atteint €4,8 milliards en 2024 — presque le double du chiffre de 2020. Plus d’un millier d’entreprises européennes opèrent désormais dans le pays. L’UE est le troisième partenaire commercial de l’Ouzbékistan et sa deuxième destination d’exportation.
Avec l’EPCA désormais en vigueur en 2026, les entreprises européennes opérant en Ouzbékistan ou y exportant bénéficient d’un environnement réglementaire plus prévisible et harmonisé.
Le Royaume-Uni : un Nouveau Format Ministériel et un Financement des Exportations
Le 26 février 2026, la première réunion ministérielle Asie centrale–Royaume-Uni a eu lieu à Londres. Les ministres des affaires étrangères des cinq pays d’Asie centrale y ont participé. Pour l’Ouzbékistan, la réunion s’est conclue par la signature d’un mémorandum d’entente pour déployer des instruments d’UK Export Finance dans des projets d’infrastructure prioritaires — un engagement financier concret qui va au-delà du langage diplomatique.
Le secteur privé britannique était également présent. Les réunions à Londres ont réuni des représentants de Rio Tinto, Rolls-Royce, International Hospitals Group et Intertek. Le commerce bilatéral entre le Royaume-Uni et l’Ouzbékistan a atteint £2,2 milliards sur les douze mois précédant le troisième trimestre 2025 — soit une augmentation de 487 % d’une année sur l’autre. La relation évolue rapidement.
La BERD : 1 Milliard de Dollars par An, et les Engagements s’Accélèrent
La Banque européenne pour la reconstruction et le développement a investi près de 7 milliards de dollars en Ouzbékistan à ce jour. En 2025 seulement, l’investissement a dépassé 1 milliard de dollars — faisant de l’Ouzbékistan le premier bénéficiaire des fonds de la BERD dans la région pour la sixième année consécutive.
Les projets récents incluent la plus grande installation combinée de solaire et de stockage de batteries d’Asie centrale (1 GW solaire + plus de 1 300 MWh de stockage), la modernisation d’infrastructures d’irrigation dans dix régions, et le soutien aux PME via des banques partenaires locales. En mars 2026, la direction de la BERD s’est rendue à Tachkent pour discuter des priorités pour l’année à venir : développement du secteur privé, expansion des infrastructures, digitalisation ferroviaire et nouveaux modèles de financement pour les zones économiques spéciales.
La Banque Mondiale et la BAD : Infrastructures et Croissance
En mars 2026, la Banque mondiale a approuvé un projet de 200 millions de dollars pour reconstruire un tronçon de 91 kilomètres de l’autoroute M41 dans la région de Sourkhandarya, reliant l’Ouzbékistan au Tadjikistan, au Kirghizistan et à l’Afghanistan. Le projet s’inscrit dans un effort plus large de positionner l’Ouzbékistan comme hub de transit régional.
La Banque asiatique de développement, quant à elle, a publié ses prévisions d’avril 2026 projetant une croissance du PIB de 6,7 % pour l’Ouzbékistan en 2026, après un exceptionnel 7,7 % en 2025. Les services, la construction et l’industrie sont tous en expansion. La BAD a souligné les investissements soutenusdans le logement et l’infrastructure comme moteur clé — le type d’expansion qui génère une demande soutenue d’équipements et de matériaux importés.
Ce que Cela Signifie pour les Exportateurs
Tous ces capitaux — américains, européens, britanniques, multilatéraux — doivent aller quelque part. Ils vont dans des projets d’infrastructure, des installations énergétiques, des usines industrielles, des corridors de transport et du développement urbain. Et ces projets ont besoin d’équipements, de machines, de matériaux et de technologie, dont une grande partie est importée.
L’Ouzbékistan n’est pas une opportunité future. C’est un marché actif, en cours de construction en ce moment même, avec un soutien international considérable et un gouvernement qui a misé sa stratégie économique sur l’attraction d’investissements et d’expertises étrangers.
Le tableau plus large de l’Asie centrale renforce ce constat. Le Kazakhstan — la plus grande économie de la région et un marché tout aussi dynamique — fait partie de l’Union économique eurasiatique, ce qui signifie que la certification EAC est le point d’entrée pour la plupart des produits. Les deux marchés progressent, et tous deux sont de plus en plus accessibles aux entreprises qui disposent des documents adéquats. Notre guide sur l’exportation vers le Kazakhstan et l’Ouzbékistan couvre les deux systèmes côte à côte.
Pour l’Ouzbékistan spécifiquement, le point d’entrée est différent. Le pays n’est pas membre de l’UEEA, ce qui signifie que la certification EAC — valable en Russie, au Kazakhstan, en Biélorussie, au Kirghizistan et en Arménie — ne couvre pas le dédouanement en Ouzbékistan. Le pays dispose de son propre système national de certification : le GOST UZ. Un produit entièrement certifié pour le marché russe nécessite encore une certification ouzbèke séparée avant de pouvoir être importé. Comprendre cette distinction est le point de départ pratique pour toute entreprise cherchant à saisir l’opportunité que le marché offre actuellement.
Pour une explication complète du fonctionnement de la certification GOST UZ, des documents requis et des exceptions pour les grands projets industriels, le guide complet pour exporter vers l’Ouzbékistan est le bon point de départ.
Conclusion
Lorsque les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni, la BERD, la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement se déplacent tous vers le même marché en même temps, cela mérite d’être remarqué. L’Ouzbékistan en 2026 n’est pas un pari spéculatif — c’est une histoire de croissance activement financée et soutenue institutionnellement.
Pour les exportateurs disposant des bons produits et des bonnes certifications, la question n’est pas de savoir si l’Ouzbékistan vaut la peine d’être approché. C’est de savoir s’il faut y entrer maintenant ou attendre que la concurrence soit déjà présente.